L’impact des matières textiles sur l’environnement

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Cette publication est extraite du site BONNE GUEULE qui possède les droits du texte.

Étudier la mode c’est aussi comprendre l’impact des matières textiles sur l’environnement.

Les matières synthétiques

Dérivées de l’industrie pétrochimique, les matières synthétiques sont les plus dommageables en termes de consommation d’énergie et de pollution. D’où l’intérêt de les utiliser «intelligemment» : un chandail avec une quantité importante de polyester n’a aucun intérêt, à part celui de réduire les coûts pour le fabricant.

En revanche, elles sont intéressantes lorsqu’elles sont exploitées pour leur technicité (thermorégulation, évacuation de l’humidité, etc.). D’autant que dans ce cas elles sont particulièrement résistantes, un peu de plus vers la durabilité. Peu à peu, l’industrie évolue et met en place de nouveaux procédés comme Bionic Yarn ou Seacell, fabriquant du synthétique à partir de cellulose végétale et d’algues.

Le coton

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Photo par Marianne Krohn sur Unsplash

Le coton est la matière première phare de notre prêt-à-porter, bien qu’il soit gourmand en ressources. Il faut environ 10000 litres d’eau pour produire un jean (de la culture de la fibre à l’assemblage), et 2 500 pour un tee-shirt de 250 grammes selon waterfootprint.org. Ce site calcule la consommation en eau de nombreux produits, faisant la différence entre l’eau provenant de la pluie (donc tout à fait naturelle) et celle qui a été pompée, traitée…

Niveau pollution, le coton est souvent cultivé dans des pays où les normes environnementales sont inexistantes : il est gavé de pesticides nuisibles pour les sols. Il est encore largement dominant dans l’offre textile et, bien évidemment, il ne s’agit pas de le bannir. Tout est question de bon sens : l’épais jean selvedge porté plusieurs années se révèle beaucoup moins polluant qu’un jean délavé bas de gamme bon à changer tous les trois mois.

Surtout, le coton biologique, gourmand en eau, mais beaucoup moins traité, tend à se généraliser et à devenir beaucoup plus abordable… Jusqu’à ce que l’on sache mieux recycler cette matière!

Les lainages

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Photo par Sam Carter sur Unsplash

Les lainages sont intéressants pour leur durabilité et leurs propriétés thermiques. Ils sont recommandés à l’état vierge, car ils n’ont alors subi aucun traitement chimique.

Le cachemire

Aussi doux que luxueux, le cachemire se démocratise peu à peu, ce qui n’est pas sans conséquence pour l’environnement. En effet, les chèvres produisant du cachemire sont généralement élevées sur les hauts-plateaux himalayens. Plus haute est l’altitude, plus les chèvres ont froid : le poil ainsi fourni n’en est que meilleur. Malheureusement, la demande en cachemire à prix abordable a fait descendre les élevages de chèvre des hauts-plateaux vers les plaines. Or, ces braves mammifères mangent tout sur leur passage, notamment les racines, ce qui entraîne une désertification des sols.

On a donc un cachemire bas de gamme, moins durable et dont l’empreinte écologique est plus lourde. Les vêtements en cachemire sont, et doivent rester, des objets durables et précieux, que l’on garde longtemps. Faites donc bien attention à la provenance des matières et méfiez-vous des grandes marques qui ne donneraient pas d’indication sur leur cachemire bon marché.

Le lin et le chanvre

Le lin est une matière très intéressant à tous points de vue : c’est une fibre particulièrement résistante, mais également thermorégulante (oui, vous pouvez tout à fait porter vos chemises en lin en hiver). Au-delà, c’est une culture qui ne nécessite AUCUNE irrigation!

Il y a aussi le chanvre, son aspect le rapproche du lin et n’en fait pas une matière très séduisante, alors qu’il est doux et confortable. Cela étant, on commence à trouver des mélanges pertinents permettant de profiter des propriétés du chanvre.

Le cuir

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Photo par Dương Trần Quốc sur Unsplash

Enfin, il y a le cuir. Qu’il s’agisse de veau ou d’agneau, l’exploitation de ces petites bêtes est très polluante (1 kg de viande de veau produite en France = 22 kg de CO2). Heureusement, une belle peau peut se garder longtemps, d’où l’intérêt de s’acheter une ou deux pièces, avec une jolie confection qui durera plusieurs années. La patine n’en sera que plus belle et, surtout, l’impact environnemental de votre cuir sera réduit. Il est préférable de se tourner vers un tannage végétal, qui vieillit mieux.

Cela dit, gardons en tête qu’acheter des vêtements en cuir ne fait pas forcément abattre plus d’animaux, car c’est l’industrie agroalimentaire qui conditionne le nombre de bêtes qu’on élève. Même si c’est un peu différent pour les moutons dont on exploite avant tout la laine.

Au-delà, il est dans l’intérêt des éleveurs de prendre bien soin des troupeaux s’ils veulent valoriser au maximum leurs peaux : les protéger des moustiques dont les piqûres marquent, donner de l’espace aux bêtes pour éviter qu’elles ne se mettent des coups de cornes, ou encore ne pas utiliser de fils barbelés qui abîment les peaux.

Une tendance que l’on espère voir se généraliser dans la plupart des élevages dans le monde dans la décennie à venir. Le vrai problème avec le cuir, c’est la question des teintures et des traitements. Les procédés de teinture ou de tannage sont majoritairement réalisés dans des pays qui autorisent l’utilisation d’un arsenal chimique extrêmement nocif pour ceux qui les fabriquent ET pour l’environnement.

Les Nations Unies estiment que 22000 m3 d’eau souillée sont déversés chaque jour, rien que pour la ville d’Hazaribagh. Patagonia évoque aussi certains fleuves chinois souillés dans les mêmes conditions. L’Europe, avec notamment la France et l’Italie, a des normes contraignantes en ce qui concerne la teinture : ces 2 pays sont les références absolues du tannage végétal, méthode beaucoup plus douce offrant des résultats beaucoup plus qualitatifs. En revanche, le procédé est plus long et plus couteux.

Mode et développement durable synonymes d’innovation

Même si on n’en parle pas assez, de nombreux acteurs innovent constamment et débordent d’idées.

Biocouture : la matière du futur?

La matière du futur n’est ni fils, ni tissus, ni peaux, mais des bactéries. Elle «pousse» littéralement, et une une fois cultivée, elle peut être travaillée comme un tissu… Ou presque, car le concept n’en est qu’à ses débuts,

En plus de pouvoir travailler de nouvelles formes de couleurs et de motifs, cette matière vivante a aussi la possibilité de prendre soin de vous. Une peau sèche ou une allergie qui vous pourrit la vie? La biomatière pourra avoir des propriétés hydratantes, anti-allergènes… La science rattrape la fiction, et si aujourd’hui cela peut presque faire peur, il est évident qu’on a là une idée incroyablement intelligente, répondant à un grand nombre de problèmes environnementaux.

L’impression en 3D s’invite dans le textile

Cette technique trouve un nombre incalculable d’applications dans la vie quotidienne, l’industrie, la chirurgie, etc. Là encore, c’est «tout simple» : le vêtement, conçu sur ordinateur est ensuite imprimé dans un matériau biodégradable. Certains vêtements pourraient être fabriqués intégralement sur mesure et sans coutures. Plus de problème de stock ni d’invendus, et une utilisation très rationnelle de la matière sans aucun gâchis.

Évidemment, le but n’est pas de supprimer complètement la main-d’œuvre : les vêtements/tissus complexes à réaliser, les finitions, pièces de luxe ou produits nécessitants un savoir-faire particulier auront toujours plus d’intérêt réalisés à la main.

Une nouvelle façon de teindre nos vêtements… au CO2!

Ne plus utiliser d’eau ni d’additifs chimiques, aller plus vite avec un impact environnemental et un coût réduit. Utopique? Non, c’est déjà proposé par plusieurs industriels et utilisé par des marques comme Patagonia (qui travaille avec CO2 Nexus). Cette innovation combine les intérêts de l’environnement, des entreprises et du consommateur.

Dyecoo propose un système similaire assez simple à comprendre.

  • Un rouleau de tissu est enfermé dans une machine cylindrique,
  • Du CO2 à l’état «supercritique», entre l’état liquide et l’état gazeux, est injecté dans le cylindre en traversant un réservoir de pigments, colorant intensément le tissu,
  • Pas besoin de séchage, pas de déchets nocifs et, surtout, une machine qui fonctionne en circuit fermé. Le CO2 utilisé est récupéré, filtré puis réutilisé.

Le facteur humain dans l’industrie du prêt-à-porter

La dimension humaine et sociale est peut-être l’aspect le plus difficile à juger quand il s’agit de bien acheter, car ces données n’apparaissent pas sur les étiquettes.

Les associations et organismes de surveillance de terrain sont clairs : certaines pratiques (travail des enfants, conditions de travail dangereuses et abusives) existent encore et sont loin d’être anecdotiques. Cela commence à changer positivement (notamment en Chine), même si on est presque «habitués» à ces images terribles pourtant bien réelles.

H&M, parmi d’autres, est pointé du doigt pour ses engagements non tenus : la marque suédoise est souvent un bon cas d’école en ce qui concerne le greenwashing. Loin de moi l’idée d’incriminer bêtement, surtout que H&M a initié de belles choses avec ses lignes en matières recyclées. Pour autant, cela ne doit pas être un arbre qui cache la forêt d’autres pratiques inacceptables.

Ces chaînes ne connaîtraient pas un tel succès si tant de gens n’achetaient pas leurs produits sans se poser la moindre question sur la qualité : cela interroge sur notre responsabilité individuelle au moment de l’achat.

L’entretien d’un vêtement

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Photo par rawpixel sur Unsplash

La machine à laver consomme de l’énergie (pas toujours renouvelable), ce qui constitue un premier élément à prendre en compte. Par conséquent, on peut être vigilant sur la catégorie énergétique (A, B, C…) de la machine au moment de l’achat.

Au moment de laver :

  • La température de l’eau a son importance : laver ses vêtements à froid, 20 ou 30° ethniquement quand ils en ont vraiment besoin dans un tambour bien rempli est déjà un progrès.
    • Naturellement, les chemises, tee-shirts et autres linges de corps nécessitent des lavages plus réguliers. Le sèche-linge, nuisible à tous les plans, est à bannir (même vos vêtements vous remercieront).
  • Autre impact, plus lié à la pollution cette fois : les lessives critiquées pour leur nocivité, à la fois pour l’homme et l’environnement.

Les lessives écologiques (commerciales) sont aussi efficaces que les lessives aux métaux lourds. Pour en utiliser depuis plusieurs années (sur des cycles à 30°), j’en suis extrêmement satisfait. Elles peuvent aussi contenir des substances pétrochimiques, mais contiennent plus de substances d’origine végétale (citron, betterave, sucre…) et sont plus facilement biodégradables.

Donnez une deuxième vie aux vêtements

Concernant ces vêtements que vous ne pouvez plus porter, il y a les associations Renaissance et Certex qui les donneront à des personnes dans le besoin.

Mise en valeur des matières textiles récupérées postconsommation from MRC des Sources on Vimeo.


Photo par DESIGNECOLOGIST sur Unsplash